Oui, car il s’agit bien d’une plaisanterie ce site, un amusement, un divertissement… mais peut-on appeler cela de l’édition? Les éditions Comedia (qui hébergent le site de monroman.com) ne semblent pas se poser la question. Elles se disent “maison d’édition atypique” et parlent, à propos de ces livres personnalisés, de “littérature interactive” (rien que ça). Elles reprennent également l’appellation “catalogue” pour parler de la liste des 8 scénarios de romans. Les éditions Comedia, ce ne sont pas seulement des livres personnalisés (appelés “romans grand public”) mais aussi des romans d’entreprise dans lesquels “un auteur imagine un roman à partir des données fournies par l’entreprise et dans lequel s’inséreront les caractéristiques personnalisées de ses cibles.” Enfin, Comédia “propose également à tous les écrivains d’éditer leurs écrits afin qu’ils puissent les conserver ou les offrir.” Il s’agit, pour résumer, de l’impression à la demande ou encore de l’édition à compte d’auteur (ce que Comédia appelle “autoéditions”).
Peut-on vraiment qualifier cette démarche d’éditoriale? Quel choix fait l’éditeur dans tout ça? (à part faire écrire par des sous-nègres totalement anonymes des romans standards personnalisables) Où est passé l’auteur? Où est passée la ligne éditoriale?
Si l’on reprend le manifeste de Sara Lloyd, on retrouve effectivement cette notion d’interactivité et de participation du lecteur mais pas dans l’idée d’une création, seulement dans celle d’une personnnalisation d’un produit purement commercial et profondément personnel. Si interactivité il y a, elle n’existe qu’entre l’acheteur et le produit, elle est donc fortement limitée et bien éloignée d’une communauté de pensées, ferment d’une forme d’intelligence collective (utopie à laquelle je n’adhère pas vraiment) telle qu’elle est aujourd’hui rêvée par beaucoup de gens. Et d’interactivité entre (lecteurs) consommateurs, aucune.
Pour moi, ce site ne propose aucune solution pour l’éditeur. Au contraire, il ne fait que le réduire à un rôle de producteur de loisir (que l’interface très commerciale du site reflète parfaitement) qui utilise comme un gadget les possibilités offertes par Internet et l’informatique (puisqu’il s’agit d’un robot qui intègre les données au roman). Evacuée la question de l’auteur, quant à celle de la littérature…
En bref, monroman.com c’est l’écueil que doivent éviter les éditeurs s’il ne veulent pas voir leur fonction et leur rôle disparaître. Mais quels sont-ils ces fonctions et ces rôles. Comment définir l’éditeur?
Je laisse la question en suspens pour ceux qui voudraient intervenir ici…



